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Caroline Chazal

POURQUOI MON COACH REPOND A MES QUESTIONS PAR D’AUTRES QUESTIONS?

Durée de lecture estimé : 7 min.

Vous consultez un coach depuis quelques semaines déjà, et vous avez remarqué que lorsque vous lui posez une question, il a tendance à vous en poser une autre en retour. Amusant? Irritant?

En tout cas vous vous demandez peut-être :

flux d'informations croisées

Route multiple à Dubai - Shutterstock


Je ne peux pas répondre de façon universelle à cela, bien entendu, chaque accompagnateur ayant sa méthode et son style : mais je peux vous faire un retour sur ma propre expérience en tant que coach, que je pense néanmoins partagée par beaucoup.

(Et promis : je vais répondre à ces questions!)

Pour l’anecdote, un ami, coach également, m’a fait remarquer que je lui avais fait le coup, lors d’une conversation écrite. Il avait lu mon mémoire de certification de coaching, et souhaitait écrire le sien en rapport avec mon sujet : les relations toxiques. Notre échange :
- Lui : "J'étais en train de me poser la question de continuer dans la lancée pour aborder la notion du coaching de la personne qui se positionne en général en persécuteur, mais qui en souffre. Ça te poserait soucis?
- Moi : Ça dépend, qu’est-ce que ça impliquerait, comment vois-tu les choses?
- Lui : Hahaha, j'aime poser des questions à des coachs :D Pour une question posée tu repars avec deux questions nouvelles!"

Voilà un bel exemple de ce dont on parle!

Répondre à une question par une autre, est-ce voulu?

Personnellement ce n’est pas conscient et ça ne fait partie d’aucune stratégie précise, en ce sens que je ne réfléchis pas en termes « Bon, comment je vais contourner sa question pour lui en poser une autre en retour? ». En d’autres termes, je ne fais pas ça pour la beauté du geste.

Ce serait artificiel et sans grande valeur ajoutée, vous en conviendrez.

Toutefois je pense possible qu’il existe des coachs, peu expérimentés ou peu à l’aise peut-être, qui utilisent ce type de ficelle. J’imagine que ce serait pour être bien bien sûrs de faire réfléchir le client, ou de ne pas laisser transparaître leurs convictions et leur vie personnelle. A moins que ce ne soit pour fuir la question? Ou parce qu’ils pensent juste que c’est comme ça qu’il faut faire?

Si ça convient à leurs clients ou que ceux-ci ne s’en rendent pas compte, tout va bien, je dirais. Mais ils risquent de se décrédibiliser si leurs questions tombent de ce fait à côté de la plaque et frustrent ainsi leur client.

Ce n’est que mon avis.

Pourquoi les coachs font-ils cela, alors?

Passons sur ceux qui le feraient de manière volontaire et systématique, comme mentionné ci-dessus.

Personnellement, ma stratégie globale est de faire émerger un maximum d’éléments dans notre échange pour aller au fond des choses, pour parler vrai, soit pour éviter de rester sur du superficiel ou des suppositions.

Donc le but de répondre par une question peut être de 2 sortes :

1. Faire réfléchir la personne sur ce qu’elle vient de demander.

Par exemple, une personne me demande si je pense qu’elle devrait changer de travail. Je pourrais lui rétorquer « Changer de travail serait la seule option possible ? », parce qu’elle m’aura préalablement expliqué qu’il serait possible de changer de poste au sein de son entreprise, ou d’être mutée sur un autre site, ou de suivre une formation pour se sentir plus à l’aise à son poste, ou d’attendre la fin de contrat de cette personne qui lui pourrit la vie, etc.

Je pourrais tout aussi bien lui répondre « Si je vous dis oui, vous démissionnez le mois prochain ? Et si je vous dis non, que faites-vous ? », pour la faire réfléchir sur la réelle utilité de mon avis quant à son projet de carrière.

Le plus important n’est pas le contenu de ma réponse, mais le fait-même que la personne pose cette question.

2. Avoir plus de précisions avant de savoir quoi et comment répondre.

Mon ami qui me demande si ça me poserait souci qu’il traite du même sujet que moi mais sur un axe d’analyse différent : je lui réponds par une question parce que moi-même je m’en pose plein suite à ce qu’il dit!
Je ne vois pas pourquoi cela me poserait un souci. Est-ce parce qu’il mentionnerait mon travail? Ou parce qu’il compte reprendre telles quelles des parties que j’ai écrites? Ou parce qu’il craint que je veuille avoir l’exclusivité de ce thème? Ou parce qu’il compte solliciter mon aide pour son travail? Ou pour une autre raison que je n’imagine même pas?...

Avant de comprendre le sens de sa question, je suis incapable de dire si oui ou non, ça me poserait souci. Et finalement ça, ça n’a rien à voir avec le fait que je sois coach.

C’est comme si on me demande « Je vais en ville acheter du pain, ça t’intéresse? » : sans précision complémentaire je peux répondre « Oui, je veux bien venir en ville avec toi », ou « Oui, je veux bien que tu m’en prennes aussi ». De là il serait gêné que je m’incruste dans sa voiture s’il voulait partir seul ; ou à l’inverse que je lui demande de me faire une course alors qu’il me proposait une balade! Pour la blague, je pourrais aussi lui répondre que le fait qu’il parte chercher du pain, bof, ce genre d’info m’intéresse moyen…
→ Sachant cela, je lui répondrai donc par une question, à base de « C’est-à-dire? ».

En tout cas, jamais je n’élude une question que je trouverais trop personnelle (« Et vous, vous voulez des enfants? ») ou pour laquelle je n’aurais pas la réponse (« Quelle est la proportion des femmes infidèles en France, à votre avis? ») : parce que je n’ai aucun souci avec le fait d’affirmer que je préfère garder cela pour moi, que ça n’apporterait rien à notre discussion, ou que je ne sais pas.

Dois-je faire savoir que je m’en suis rendu compte?

Je pars du principe que oui, la personne que j’accompagne peut tout me dire. Surtout si quelque chose la dérange en séance, ou l’intrigue.

Si elle se demande pourquoi je ne lui réponds pas directement, c’est bien qu’elle me pose la question. Et je lui répondrai clairement, je lui expliquerai pourquoi, car il faut lever le point si ça la bloque.

Si ça la gêne de ne pas avoir de réponse directe, qu’elle me le dise aussi : on en discutera. Le fait qu’elle soit gênée par ça peut être lié à autre chose qui n’a rien à voir, ce serait à creuser. A-t-elle besoin d’une validation par quelqu’un d’autre, par exemple?

Si c’est juste parce qu’elle le remarque et que ça l’amuse – comme l’a fait mon ami – on en rit ensemble et l’affaire est classée!

Comment faire pour avoir des réponses?

Là je suis tentée de répondre par d’autres questions! De quelle question s’agit-il? Et quel genre de réponse voulez-vous? Parce que ça dépend.

✤ Vous demandez par exemple ce que vous devriez faire?
Votre coach ne peut que vous soumettre des idées, vous êtes le plus à même d’en juger la faisabilité, la pertinence par rapport à vos souhaits, la congruence par rapport à votre personnalité. Et encore, ses propres idées, forcément non exhaustives, peuvent réduire votre champ de vision : il va donc travailler à vous faire envisager vos propres solutions.
En cela le coach est bien différent du consultant expert en tel ou tel domaine (en investissement immobilier, en nutrition, en management d’équipe…), qui vous dira qu’en telle situation, selon telle étude ou par expérience, il convient de faire ceci ou cela.

✤ Vous interrogez votre coach sur sa vie personnelle?
N’attendez pas de réponse, car c’est justement sa vie privée. Ça peut le gêner, et ça ne vous aidera pas dans votre problématique à vous.

✤ Vous demandez des informations d’ordre général?
Malgré toutes nos connaissances diverses et variées, on n’a pas la science infuse malheureusement. On ne peut que vous réorienter sur un autre moyen d’obtenir ces réponses, et pour cela on va vous questionner sur les moyens à votre disposition pour ça.

✤ Vous avez juste besoin d’être rassuré, par exemple sur la décision que vous prenez, ou sur votre légitimité à penser, ressentir ou faire quelque chose?
Sans doute que votre coach va le sentir, et il tentera de vous rassurer, que ce soit en vous posant des questions pour vous amener à voir les choses différemment, ou en prononçant directement des phrases rassurantes.

✤ Votre question n’est pas intrusive, pas trop générale, et elle ne demande pas l’avis personnel de votre coach, mais elle est peut-être trop vague ou sujette à plusieurs interprétations.
Pour être sûr de vous répondre de manière efficace, votre coach a besoin d’en savoir plus : donnez-lui des précisions.


En résumé, répondre à une question par une autre question, ce n’est pas pour vous embêter, bien au contraire. Ce n’est pas non plus pour se donner un genre. C’est pour comprendre plus précisément ce que vous voulez savoir ou entendre, et y répondre au mieux.

Ça peut équivaloir à répondre plus simplement que « Alors ça dépend : si ce que vous voulez savoir est A, alors ma réponse est 1. Mais si vous cherchez B, je vous répondrais 2. Par contre si vous tenez compte de la circonstance C, je répondrais 3. Et il est possible que dans ce contexte intervienne le paramètre D… », etc.

C’est plus sympa de discuter que de partir dans un tel monologue avec des options superflues, n’est-ce pas?

15 janvier 2021 | Caroline Chazal

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